L’École des femmes de Molière

L M beaucoup : La mise en scène de Jean Liermier de L’École des femmes au CDN de Sartrouville.

Cours, Agnès, cours! La promenade est bonne!

Jean Liermier dans sa mise en scène fait le choix de la simplicité et de l'intelligence. Peu d'effets mais chaque parti pris prend sens. Sur le plateau, trône un arbre gris sans feuillage qui abrite la cabane où Agnès est retenue prisonnière. Tout le dispositif annexe, lumière sur le cyclorama, grand rideau tiré pour diviser l'espace, obéit au maître des lieux: Arnolphe (Gilles Privat, excellent); il veut et croit contrôler le monde qu'il a façonné. Mais, à l'instar de la lourde toile qui s'abat sur Arnolphe dans l'image finale, la force vive d’Agnès bouscule tous les plans du pygmalion austère qui la retient recluse et la veut ignorante.

Lorsque la jeune fille descend pour la première fois de sa prison, la scène est belle et éclairante. Lola Riccaboni, sorte d'enfant sauvage, alliant fougue et candeur, pieds nus, un instant libre, court à en perdre haleine, toute au plaisir de s'étourdir dans une ronde joyeuse. Elle incarne l'élan de vie de toutes les jeunes filles. Agnès court mais d'autres courent avec elles, celles dont on veut éteindre la parole, diriger le regard, soumettre le corps. Elle court, "la promenade est bonne", forcément bonne. La force de son mouvement gifle les préjugés et balaie les diktats étroits de ceux qui ont besoin d’humilier pour se croire des hommes.  Agnès court et nous voyons notre sœur. 

Une mise en scène inspirée qui souligne la modernité du propos de Molière.

Au Théâtre de Sartrouville, jeudi 25 avril, 19h30 et vendredi 26 avril à 21h.