"Au monde" de Joël Pommerat © Thomas Bartel

Un "réveil" sans magie.

Comme le Groupe Berlin au 104 , Joël Pommerat reprend lui aussi une ancienne création mais sans déplacer le regard.

2006-2013, quelques d'années séparent la naissance du spectacle Au monde au Théâtre national de Strasbourg de sa reprise au Théâtre de l'Odéon à Paris.

Si Joël Pommerat refuse le terme de "reprise" pour parler de "réveil" après une "mise en sommeil", la belle au bois dormant nous a semblé encore bien engourdie.

Au monde, ré-écriture revendiquée des Trois sœurs de Tchekhov, ne convainc pas. Bien sûr, l'esthétique du spectacle est irréprochable. Les lumières d'Eric Soyer découpent et animent l'espace avec précision et grâce. Cependant, la magie n'opère pas. Et le spectateur bienveillant, laissé seul sur le bord du chemin, ne peut que se désoler et s'interroger sur les raisons de ce rendez-vous raté.

Certaines réponses paraissent évidentes. L'Odéon contrairement aux Ateliers Berthier n'a pas vocation à recevoir un travail comme celui de Pommerat. Le théâtre à l'italienne avec ses balcons, ses dorures polluent le champ visuel du spectateur et interdit l’immersion dans la boite noire qui doit s'animer de ses personnages. La distance et le choc des esthétiques compliquent voire excluent le saut dans l'imaginaire. De plus, il faut bien le dire, les personnages manquent de chair et d'intérêt et leurs paroles brassent des bribes  d'évidence qui ne touchent pas. Tchekhov savait dire un monde sensible à reconstruire, Pommerat échoue à faire entendre autre chose qu'une parole vide que l'allégorie facile alourdit souvent.

Restent les acteurs, Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Angelo Dello Spedale, Roland Monod, Ruth Olaizola, Marie Piemontese, David Sighicelli, toujours excellents qui défendent le spectacle avec conviction et, pour être honnête, c'est à eux que l'on doit parfois d'être touché. Les mains suspendues de Roland Monod ( qui interprète le père) au tout début du spectacle, sa traversée habitée du plateau dans une diagonale hésitante, constituent de très beaux moments d'émotion.


Du jeu. 03/10/13 au sam. 19/10/13

http://www.theatre-odeon.eu/fr/2013/05/14/au-monde