La Vie est un rêve de Pédro Calderón de la Barca La vie est un rêve de Calderon de la Barca, mise en scène Jacques Vincey - Photo x

LM beaucoup: La belle mise en scène du texte de Calderón par Jacques Vincey

"Qu'est-ce que la vie? Une illusion, une ombre, une fiction; et le plus grand bien est peu de chose, car toute la vie est un songe et les songes sont des songes." (II)


Calderón, dès la première tirade, place sa pièce sous le signe du monstre et de la pluralité des apparences. Conformément à l'esthétique baroque, l'illusion règne sur scène et invite au questionnement. Qui est le monstre? Le père, le roi Basile, qui se targue de lire les astres, qui a emprisonné son fils dès sa naissance pour protéger son peuple d'un présage malheureux et qui le libère de ses chaînes, l'espace d'une journée, pour tester ses capacités à régner ou, le fils, Sigismond, bête oubliée des hommes, sujet de l'expérience, qui cède dès qu'il est sur le trône à des pulsions primaires de meurtres et de viol?


De la prison au palais, "la fable nous emmène sans cesse d'un lieu à un autre" dit Jacques Vincey. La très belle scénographie imaginée par Mathieu Lorry-Dupuy résout l'antagonisme et propose un seul espace stylisé composé de panneaux lumineux, opaques ou translucides, qui s'abattent au gré des entrées et des péripéties. Tour à tour, geôle ou salle de réception royale, l'espace se refuse à n'être qu'une simple illustration pour devenir un paysage mental où chaque âme peut être mise à nu par le jeu de l'illusion.

Entre veille et sommeil, le texte de Calderón organise le questionnement entre l’essence et l’apparence, Jacques Vincey, tel un orfèvre, offre une mise en scène ciselée qui travaille l'interrogation avec une grande modernité. Les lumières magnifiques de Marie-Christine Soma, la musique et le son d’Alexandre Meyer et Frédéric Minière, les costumes et les masques d'Olga Kaprinsky dessinent conjointement les contours troublants d'une réalité qui se vit comme un rêve.

De la distribution se détachent Philippe Morier-Genoud, magistral dans le rôle du roi Basile, Antoine Kahan, à la plastique impressionnante, déchirant et puissant dans celui de Sigismond et Philippe Vieux, clairon, le valet comique, qui offre un contre-point plein d'allant aux autres personnages en quête de réponse et d'absolu.

http://www.sirenes.fr/