Phèdre de Jean Racine

LM Bien: Phèdre mise en scène par Jean-Louis Martinelli au Théâtre des Amandiers

Après Andromaque, en 2003, puis Britannicus, en 2012, Jean-Louis Martinelli monte Phédre de Racine et, encore une fois, il fait entendre la belle respiration du vers racinien sans que le chant ne l'emporte sur le sens. Martinelli met la langue au cœur des enjeux. Sur scène, la parole est sous tension et se donne à voir dans la clarté d'une scénographie épurée qui, sans complaisance, corsète les personnages, les acteurs et les spectateurs. L'espace bi-frontal, imaginé avec Gilles Taschet, enferme l'assemblée théâtrale dans la nécessité de voir et d'entendre l'autre. ( On ne redira jamais assez combien certains spectateurs peuvent, par leurs gestes et leurs chuchotements, parasiter cette expérience de l'intime et du collectif.) Un long couloir devient l'espace tendu de la rencontre, de la parole et de l'aveu. Fermé, d'un côté, par un mur de roche, et, de l'autre, par un grand voile au-dessus d'un siège posé sur du sable rouge, il fait exister aux deux extrémités, deux mondes, celui, fébrile, des femmes, ( Phèdre et Oenone) et celui royal et violent, des hommes ( Thésée, Hippolyte et Théramène). L'espace ménage cependant deux ouvertures, deux couloirs entre les gradins, par lesquels seuls Hippolyte et Aricie ( accompagnée de sa suivante), encore libres de leurs mouvements,  peuvent apparaître et évoluer.

Dans ce couloir de lumière qui suit, grâce aux éclairages, la course du jour, Martinelli fait un deuxième choix audacieux. Il offre le rôle de Phèdre à la belle et pulpeuse Anne Suarez, et fait volontairement mentir le vers de Racine que prononce Hippolyte dans la scène 2 de l'acte IV : « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. » Le fils de Thésée (interprété par Mounir Margoum) semble troublé et vient au devant de celle qui lui avoue son amour coupable. Quand Phèdre saisit l'épée d’Hippolyte pour s'en pénétrer, la scène se charge alors d'un fort pouvoir érotique.

Si l'interprétation des actrices est excellente, citons notamment Sylvie Milhaud qui incarne une Oenone bouleversante, celle des acteurs appelle malheureusement des réserves. Thésée revient, certes, des enfers, il ne possède plus les codes du palais feutré, mais, Hammou Graïa, surjoue, au point de frôler le ridicule et, de détruire le charme orphique de la langue racinienne.

Théâtre des Amandiers de Nanterre jusqu'au 20 décembre 2013

http://www.nanterre-amandiers.com/2013-2014/phedre/