"Seul dans Berlin", d'après le roman de Hans Fallada avait été créé à Hambourg par Luk Perceval. Au théâtre des Amandiers à Nanterre, il est joué en allemand surtitré.

LM Bien ( avec des réserves): Seul dans Berlin mis en scène par Luk Perceval.

Autant le dire tout de suite, je n'avais pas lu le roman de Hans Fallada, Seul dans Berlin ( le titre original est plus désespérant: Jeder stirbt für sich allein, Chacun meurt pour lui seul). Les attentes étaient donc moindres. Seules résonnaient en moi les paroles d'une amie très chère qui avait beaucoup aimé ce récit poignant d'une résistance allemande de l'intérieur.

Alors que Berlin s'enivre de clameurs vengeresses de victoires, en 1940, un couple sans histoire, Otto et Anna Quangel, à la suite de la mort de leur fils unique pendant la campagne de France, décide de déposer secrètement des cartes postales subversives et anti-nazies dans toute la ville. Pendant plus de deux ans, ensemble, ils parviennent à déjouer la traque de la Gestapo avant d'être finalement, arrêtés et exécutés.

La mise en scène de Luk Perceval appuyée par la scénographie aride d’Annette Kurz fait le choix de la sobriété. Sur le plateau trône pendant les quatre heures et demie de représentation, une table rectangulaire aux pieds métalliques, unique véritable accessoire, qui devient selon les besoins, lit, bureau, table d'interrogatoire, mur d’exécution ou charrette campagnarde. Le décor de fond est constitué une gigantesque maquette, celle d'une ville vue du haut, image tronquée d'un Berlin aux rues sous surveillance. A ses pieds, des objets hétéroclites s'entassent comme les traces d'une vie qui n'est plus. Auschwitz, Lódz, sont opérationnels. Quatre lumières frêles brillent sur la surface éteinte de la sombre maquette, comme les flammes timides de l'espoir et de la résistance.

L'acteur est mis au centre du dispositif. C'est par le corps plus que par la voix que s'exprime l'individualité. La veulerie des délateurs, la férocité des nazis, comme la simple et tenace volonté des Quangel à poursuivre une lutte invisible, se donnent à voir avec exigence et précision dans les corps. Bêtise, brutalité et courage ordinaires sont ainsi dévoilés avec âpreté. C'est l'un des points réellement remarquables du travail de Luk Perceval avec la troupe du Thalia Theater de Hambourg.

Cependant, on est parfois gêné par certains passages qui, pour déclencher le rire, cèdent à la complaisance. Les "Heil Hitler" grotesques, appuyés, décalés, vomis, les passages en français, sont autant de facilités grossières qui s'opposent et nuisent à l'intention première d'exigence. Pourquoi vouloir à tout prix chercher un rire gras, une adhésion commode, alors que la force du spectacle tenait à la radicalité de ses choix premiers? Le texte de Seul dans Berlin n'a rien à voir avec La résistible ascension d’Arturo Ui de Brecht, à quoi bon vouloir imiter Heiner Muller, près de vingt ans après?