Madame Butterfly de Puccini

LM Beaucoup: Madame Butterfly  mise en scène par Robert Wilson.

Quand une œuvre emblématique du répertoire lyrique rencontre un metteur en scène inspiré, le résultat ne peut que ravir.

Bien loin des travers qui parfois ont pu parfois énerver le spectateur, Robert Wilson cisèle l'espace et met la force de son esthétique au service de l'épure. Toute utilisation de gestuelle mécanique, de masques grimaçants est abandonnée, reste le travail sur la lumière et sur la découpe savante des silhouettes. 

La lumière chez Wilson sculpte l'espace et unifie. Écrin, personnage et acteur du spectacle, elle permet de voir et d'entendre sur scène. "J'essaie de faire en sorte que ce livret visuel soit aussi fort que le « livret audio », disait-il déjà en 1997.[1]

La "tragédie japonisante" comme se plaisait à l'appeler Puccini est travaillée au plus près de l'émotion retenue, celle de l’héroïne, la jeune fille de quinze ans, petite geisha, séduite, abandonnée, trahie et sacrifiée par son amour américain qui lui arrache même son enfant. Le geste est sobre, maîtrisé, semblable à l'écho tranchant du non-dit. Comme le ferait un peintre, Wilson travaille les scènes comme des tableaux qui marquent l'imaginaire du spectateur. Butterfly, son fils et Suzuki, la servante, attendant l'arrivée du navire, agenouillés dans un halo nacré, immobiles comme saisis dans le marbre, ont la beauté des piétas de la Renaissance.

Notre incompétence en matière lyrique nous interdit tout jugement sur l'interprétation vocale ou orchestrale. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que c'était beau!

Nous avons eu la chance d'assister à la répétition générale ( Merci, Nathalie!). Les représentations ne commencent que le vendredi 14 février.  Allez donc voir et entendre la belle et vibrante Butterfly, transpercée en plein vol par un amour sans foi.

http://www.operadeparis.fr/saison-2013-2014/opera/madama-butterfly-giacomo-puccini




[1] Robert Wilson, « Entretien avec Robert Wilson », in Résonance n° 11, janvier 1997, Ircam-Centre Georges-Pompidou, 1997.  http://articles.ircam.fr/textes/Ircam97b/