LM Peu Les Fausses confidences mise en scène par Luc Bondy.

Autant le dire tout de suite, la déception était au rendez-vous. Pourtant, l'affiche était bien alléchante: Isabelle Huppert ( que j'adore) en Araminte, et Louis Garrel ( Ah! le "je suis très mélancolique" dans Les Chansons d'Amour! ) en Dorante, deux comédiens au jeu personnel réunis pour la première fois sur scène, dirigés par Luc Bondy, qui avait déjà monté avec talent un précédent Marivaux, La Seconde Surprise de l'amour; oui, la promesse était belle.

Malheureusement, dès le début, le spectateur se sent comme écarté de ce qui est censé se jouer. Est-ce la scène, monumentale, dont la hauteur et la profondeur paraissent écraser les personnages? Est-ce le décor, à l'architecture lourde et grise, qu'on ne verra pas évoluer? Est-ce les micros qui appareillent Louis Garrel et Isabelle Huppert, qui grésillent et qui choquent? Sans doute, tout cela.

Cependant, il semble que ce soit la mise en scène même de Luc Bondy qui tienne à distance celui qui regarde. Pourtant, l'embrasement est bien l'argument de la  pièce de Marivaux. Une riche veuve s'enflamme en quelques heures pour un jeune homme sans fortune qui l'adore depuis qu'il l'a vue, et finit par l'épouser contre l'avis de tous. Mais, l'ensemble est froid, lisse, à l'instar du jeu de Louis Garrel qui ne parvient pas à rendre crédible son personnage. Chez lui, comme sur scène, point de passion. Entre Araminte et Dorante, aucune curiosité amoureuse, aucune complicité sensuelle. La scène finale est emblématique du parti-pris scénique, les amants qui n'en ont que le nom, sont séparés dans l'espace, insensibles à l'autre, isolés volontairement, sans un regard pour celui qu'il aime. Dorante, les bras en croix, est allongé sur le sol, face contre terre, quant à Araminte, elle siège alanguie sur le tablier d'une cheminée. Le rapport entre eux est si désincarné que le spectateur pour se désennuyer se surprend à regarder les luxueuses chaussures que Araminte arbore et qui donne une démarche si précaire à l'actrice. Certes, certains prêteront à ces chaussures qui trônent dans les appartements du personnage, une symbolique de classe mais, le symbole ne peut palier, hélas, la pâleur et l'inconsistance du jeu de deux principaux interprètes.

Heureusement, les valets sauvent les maîtres, le retors Dubois (Yves Jacques) et le tonitruant Arlequin (Jean-Damien Barbin),  qui, soit dit en passant, eux, ne portent pas de micros, sont très convaincants. Il faut également souligner le jeu jubilatoire d'une grande dame du théâtre, Bulle Ogier, qui campe une Argante, bourgeoise et ridicule à souhait.

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