LM beaucoup Respire! mise en scène par Dominique Dolmieu

Il est des plaisirs qui ne se boudent pas et qui se partagent.

Au détour d'un passage, dans le XII, tout près de la Gare de Lyon, se niche la Maison de l'Europe et de l'Orient. C'est dans ce lieu hybride, à la fois librairie, centre de création et "bunker" théâtral que le Théâtre national de Syldavie, dirigé par Dominique Dolmieu,  reprend pour la seconde fois, Respire!, la pièce de la dramaturge croate, Asja Smec Todorovic.

Le texte, aux accents kundériens, met en scène des personnages sans identité qui semblent pris dans un entre-deux où s'expérimentent les frontières floues et inquiétantes de la vie et de la mort. La brièveté des scènes confère à l'ensemble une esthétique quasi cinématographique mais le propos dans la rapidité de sa construction sait aller au plus juste. Ici, l’insoutenable pesanteur de l'être se cogne et bataille contre les ultimes assauts de l'élan vital. "Noir. Lumière sur XY", "Combien pèse mon pancréas? Combien?... Je l'ignore pour le moment." écrit Asja Smec Todorovic dès le premier tableau. Le corps est désespérément privé de toute idéalisation. Il est appréhendé dans sa matérialité la plus organique et la plus bestiale. Et quand il s'unit à un autre, c'est pour "pisser directement dans la gueule de la Mort."

La mise en scène de Dominique Dolmieu fait le choix du dépouillement pour rendre à l'instant et aux mots le poids qu'ils doivent avoir. Le dispositif bi-frontal plonge le spectateur au plus près de ce qui se joue. Dans la petite salle, aux murs sombres et rectangulaires, l'espace au fil des scènes se découpe dans un clair-obscur mouvant. Le travail sur la lumière de Dominique Dolmieu s'apparente à celui d'Eric Soyer ( qui œuvre avec Pommerat); il ne s'agit pas de chercher à rendre visible mais à créer des lieux étranges où l'imaginaire puisse être stimulé. La bande-son intrigante (Gwenaelle Roulleau) participe également à interroger les frontières de l’entre-deux.

 Les quatre comédiens, (Nouche Jouglet-Marcus, Aurélie Morel, Christophe Sigognault, Federico Uguccioni ), par leur engagement, restituent la tension majeure qui anime chaque scène. La gravité et le rire féroce se disputent et se mêlent pour le plus grand plaisir de celui qui regarde. On soulignera néanmoins la profondeur du jeu de Nouche Jouglet-Marcus qui, où qu'elle soit, est dans un être-là saisissant.

Le spectacle se donne jusqu'au 10 mai 2014. Allez-y! Vous serez étonnés et séduits par la qualité du spectacle!

http://www.sildav.org/