LM bien La Fausse suivante mise en par Nadia Vonderheyden

Nadia Vonderheyden place La Fausse suivante de Marivaux sous le signe du carnaval. La scène s'ouvre sur les derniers instants d’une fête. La musique bat son plein. Des personnages, masqués, déguisés, aux allures parfois étranges, se croisent dans un couloir lumineux matérialisé par deux voilages en fond de scène. Certains, par leur costume, renvoient à une réalité connue (arlequins, colombines), d'autres jouent à brouiller les frontières avec l'imaginaire comme cette poupée siamoise dont les torses bisexués tournent harmonieusement sur un même socle.

Masques, voiles, travestissements, tout est dit. Le plateau ne fait que renvoyer l'image fuyante d'un monde dévoyé par la duperie. Les valets comme les maîtres dans la pièce de Marivaux joueront à être ce qu'ils ne sont pas, joueront à cacher leurs sentiments, joueront et tricheront, payant un tribut amer à un amour qui n'est plus que marchand. Cependant si la comédie est cruelle - l'argent règne en maître et l'inconstance se grise des mots qui la flattent -, elle n'en est pas moins brillante et drôle.

La fausse suivante, "une fille déguisée en homme", parvient à démasquer le fourbe qui la convoitait pour sa rente, parvient à se faire aimer d'une comtesse, (finement jouée par Catherine Baugué), et à résister aux avances de deux valets, Arlequin et Trivelin, dont la truculence évoque la Comédie italienne. Julien Flament est Trivelin. Magistral, il assume avec délectation toutes les facettes du personnage, il a le panache d'un aristocrate mal né et la corporalité d'un valet opportuniste et rusé. Dès qu'il entre sur scène, la salle rit. Son jeu joyeux éclipse d'ailleurs souvent celui des autres au point de faire de Trivelin le personnage central de la pièce.

On regrettera ainsi que le personnage du chevalier, interprété par Laure Mathis, manque de puissance. La scène punitive finale est de ce fait bien terne.