LM bien: L’Éveil du printemps de Wedekind mise en scène par Léa Sananes.

Au Théâtre Pixel, dans une salle de poche, La jeune Compagnie Chat noir, prend à bras le corps le texte phare de Wedekind, L’Éveil du printemps.

Le texte, on s'en souvient, met en accusation la société allemande de la fin du XIXe siècle, une société bourgeoise, gangrénée par une morale rigide, une religion castratrice et des mensonges oppressants. Dans le monde que décrit Wedekind, les adolescents qui aspirent à "l'éveil", celui des sens et de la vie, sont impitoyablement sacrifiés par leurs parents sur l'autel de l'ordre et des conventions. La pièce met en scène quatre personnages âgés de quatorze ans, Wendla, Martha, Moritz, et Melchior, qui tous cherchent à quitter l'enfance pour un monde qui soit hors de l'emprise sclérosante des adultes. Deux y perdront la vie, deux y parviendront au prix d'une errance qui ne mène qu'au doute et à l'inquiétude. Le "printemps" est cruel et annonce l'hiver violent que Michael Haneke, filme dans Le Ruban blanc.

La pièce proposée au Théâtre Pixel a bien sûr été écourtée. Cependant, les scènes majeures ont été conservées, notamment celles de Wendla et sa mère, où celles où Motitz échoue à s'emparer de l'objet de sa quête. On regretta seulement que le personnage de l'homme masqué soit  interprété par celui qui joue Moritz car le sens de cette ultime présence auprès de Melchior, en modifie, nous semble-t-il le sens. Il peut apparaître comme un appel vers la mort alors qu'il s'agit en réalité d'une invitation à poursuivre,  yeux dessillés,  la route incertaine et difficile de la vie et de la vérité.

L'intérêt majeur du spectacle tient en deux points, la jeunesse de ses interprètes et la mise en scène qui se heurte à l’exiguïté du lieu. Wendla, Martha, Moritz, et Melchior sont en effet interprétés par des acteurs très jeunes et c'est avec bonheur qu'ils influent leur fébrilité et leur vitalité à leurs personnages. On retiendra notamment Juliette Raynal qui campe une Wlenda lumineuse, enfantine et pourtant déjà habitée par le désir. Valentin Besson propose, lui aussi, une lecture convaincante de Moritz, il apporte à ce personnage marqué par l'échec, une ardeur d'adolescent parfois teintée d'ironie, qui rend sa chute plus cruelle.

La jeune Léa Sananes met en scène cette "tragédie enfantine" dans une boite noire, exiguë. Les corps débordant d'énergie des interprètes vont être mis à mal, bridés par l'espace, gênés par les objets qui entravent leurs mouvements. Le spectacle y gagne en intensité car le danger guette les acteurs comme il guette les personnages. L’engagement est à saluer.