LM Bien: Idiot! Parce que nous aurions dû nous aimer mise en scène par Vincent Macaigne

Sur la scène des Amandiers, Vincent Macaigne, revisite L'Idiot de Dostoïevski avec fièvre et tumulte. Le spectacle commence hors de la boite noire, hors des murs de la salle, par l'appel tonitruant d'un comédien qui hurle dans un mégaphone son invitation à le suivre et à construire une farandole joyeuse de l'extérieur du théâtre jusqu'à la scène en passant par les toilettes souterraines. C'est que nous sommes tous conviés à fêter l'anniversaire Nastassia Philippovna sous la lumière des lasers qui balaient les rangées et dans le bruit de cette vaste discothèque qu'est devenue la salle.

                    

Si la première partie convainc, notamment, parce qu'elle bouscule les habitudes confortables du "sacro-saint" spectacle en plaçant le spectateur dans l’immédiateté de ce qui est en train de se créer, en revanche, la seconde accumule les excès qui laissent froid. Le Prince Mychkine est malmené, couvert de sang, de sable, de terre, de peinture, l'idée tourne au procédé et en souligne les facilités et le vide. Seule la toute première scène, où le père vieillissant de Nastassia se dénue et brise, hagard, en titubant, le quatrième mur, réintroduit de l'émotion. C'est le corps de l'acteur qui introduit ce réel dérangeant. Corps abîmé du père qui perd la raison. Corps livide qui renvoie le spectateur à  son histoire intime.

A n'en pas douter le texte vociférant que Vincent Macaigne lance à la salle est un cri d'amour, le titre ne fait que souligner ce désir de rencontre: Idiot! Parce que nous aurions dû nous aimer. Au vu des jeunes spectateurs qui répondent présents lors de ses représentations, ce cri est entendu et il est bon qu'il continue à résonner au sein d'une assemblée théâtrale amplifiée et enrichie.