LM un peu: Tristesse animal noir mise en scène par Guy Delamotte.

Tristesse animal noir est avant tout un texte. Un texte d'une jeune écrivaine allemande, Anja Hilling, un texte exigeant, "impossible" pour reprendre les mots de Guy Delamotte qui le monte au Théâtre de L'Aquarium. Construit en trois actes, le texte de Tristesse animal noir, avance en refusant de se prêter aux codes mêmes du langage théâtral. Didascalies prises en charge par l’acteur, discours rapportés, monologues narratifs, dialogues à la troisième personne se mêlent avec âpreté et poésie pour raconter une catastrophe humaine, celle d'un incendie, d'un feu de forêt, qui va briser les existences insouciantes d'un groupe d'amis.

On comprend combien ce texte peut fasciner un metteur en scène. Il est une gageure, un défi. Stanislas Nordey à La Colline en 2013 s'y était déjà attaqué. La mise en scène de Guy Delamotte opte, comme celle de Nordey, pour la frontalité. La parole est adressée aux spectateurs directement. Les micros ne sont plus sur scène, les acteurs les portent à l'oreille (sans que l'on comprenne vraiment leur utilité). Les projections vidéos contribuent à créer les différents espaces: l’arrivée et l'installation paisible du groupe dans la forêt, l'incendie et l'horreur vécue, l'après catastrophe et ses répercussions sur chacun des survivants.

Cependant, on regrettera que les images ne soient pas plus travaillées, qu'elles n'ouvrent que très rarement sur un ailleurs poétique qui prolongerait le texte. Les images de la première vidéo sont ainsi plates et inappropriées.  Humide, filmée à la va vite, la forêt n'a pas cette beauté dangereuse que décrit le texte. Le choix de l'hyperréalisme affadit le propos.                                                                        

Les trois actes sont inégalement réussis. On retiendra de la première partie, (le pique-nique), le jeu très fluide autour des accessoires. De la seconde, (l'incendie), les monologues poignants de Véro Dahuron et d'Olivia Chatain dits avec une juste émotion. De la troisième, ( le temps de la culpabilité) la belle présence de Timo Torikka, qui échappe à l'artificialité de l'ensemble.

                                                        © Tristan Jeanne-Valès

Il est à regretter que la scénographie de Jean Hass en voulant ménager les trois espaces de la pièce n’offre pas le cadre qui sied l’incandescence des mots. Le jeu se trouve, soit projeté en fond de scène dans un décor de troncs métalliques sans âme, soit circonscris en avant-scène, sur des tapis vert ou blanc qui tronquent le plateau et le mouvement.

Le texte attend encore la voix et la vision qui sauront dompter cet "Animal triste et noir".

http://www.theatredelaquarium.net/Tristesse-animal-noir