LM Beaucoup: Ivanov mis en scène par Luc Bondy

Pièce de jeunesse de Tchekhov, écrite en quelques jours par défi, Ivanov, est une comédie en quatre actes, une comédie noire qui brosse un portrait sans concession d’une société de petits aristocrates et bourgeois provinciaux, hypocrites, antisémites et avides d’argent dans la Russie de la fin du XIXe siècle.  Personnage éponyme de la pièce, Ivanov est un noble qui a fait des études mais, qui, désormais, est rongé par l'ennui, la culpabilité et la neurasthénie. Il ne trouve plus sa place dans une société gangrénée par la passivité et la médiocrité. Sa vie est vide de sens.

Luc Bondy a parfaitement su capter l'esprit de la pièce, tout en proposant une mise en scène soignée et inventive. La première image est parlante. Les spectateurs entrent et découvrent un personnage voûté, tordu, assis sur un petit tabouret, dos public, grattant d'une main incertaine un  mur de fer écrasant et fermé.

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Il s'agit d'Ivanov. Tout est dit dans cette image aride qui s'étire dans le temps. L'ennui, le mal être, le vernis social qui se craquèle sous les ongles, la façade froide d'une société claquemurée par des conventions, auquel se heurte le personnage.

Ivanov, c'est Micha Lescot ( que l'on avait déjà beaucoup aimé en Tartuffe sous la direction de Luc Bondy). Il prête sa longue silhouette à cet être cassé, dégoûté de lui-même et parvient à jeter le trouble dans l'esprit du spectateur qui, jusqu'à la fin, ne peut se décider à le voir en manipulateur méprisable ou en honnête homme accablé, fatigué de tout. Face à lui, la distribution est impeccable. Marina Hands interprète Anna Petrovna, la solitaire. Née Sarah Abramson, juive et issue d'une famille riche, Anna a renoncé à ses origines par amour. Reniée par sa famille, déshéritée, malade, elle a tout perdu car son mari ne l'aime plus. Le personnage est confronté à un double deuil, celui de l'amour et celui de la vie. Marina Hands est lumineuse d'intelligence.  

Mais, il  faudrait citer toute la troupe qui donne vie aux scènes de groupe: réception, mariage, beuverie, ragots, lâcheté, chaque moment fait mouche. Marcel Bozonnet prête son phrasé inimitable à  Pavel Lebedev, Christiane Cohendy, son humour à la radine Zinaïda Savichna, Ariel Garcia valdès, sa force noire au comte Chabelski et Victoire du Bois sa fraîcheur à Sacha.

Luc Bondy déclare qu'il essayait "de rendre les acteurs "organiques". En ce sens, Ivanov est une réelle réussite.

http://www.theatre-odeon.eu/fr/2014-2015/spectacles/ivanov