LM Un peu: Toujours la tempête mise en scène d'Alain Françon

Toujours la tempête  de Peter Handke retrace l’histoire d’une famille slovène, celle du narrateur, installée depuis des générations dans les plaines de la Carinthie autrichienne confrontée à l’occupation allemande. « 1936 a été notre année bienheureuse » raconte la mère « Autrefois avant l’invasion des Allemands, il faisait presque toujours beau ». « Neige et soleil » rythmaient la vie ; mais, très vite la loi de l’envahisseur a racorni les âmes en commençant par interdire la langue de ce peuple, désormais soumis et servile.

Sur scène, « Moi », le narrateur, le fils de la mère, né d’un amour furtif avec un Allemand, parle et fait revivre ses ancêtres. Dans une « lande-steppe », stylisé par un plateau pentu d’où émergent des blocs de pierres, assis sur un tabouret sous un pommier peint sur un des murs du décor, sa parole rappelle à la vie ceux qui ont disparus, sa mère, ses grands-parents et les trois frères de sa mère.

La pièce est une création mais, il faut bien l’avouer, la mise en scène d’Alain Françon ne parvient pas à dynamiser le texte de Handke. Si les placements des personnages sur le plateau dans la première partie proposent de beaux tableaux notamment grâce aux très belles lumières de Joël Hourbeigt, l’ensemble est pesant et dénué de grâce.

La version du texte établie par Alain Françon en accord avec Peter Handke et son traducteur contribue certainement à la lourdeur qui ternit la pièce. Le texte, joué avec répliques et didascalies, en devient didactique et pontifiant. On en vient à douter qu’il s’agisse d’un texte actuel, tant il semble alors démonstratif et daté. On repense alors au travail proposé au Théâtre de la Bastille par David Geselson qui dans En route-Kaddish, avait su parfaitement, avec bien moins de moyens, mêler l’histoire intime et l’Histoire contemporaine, en ménageant émotion, réflexion et modernité.

Restent les acteurs. Si l’on est déçu par la prestation très lisse de Laurent Stocker (« Moi), certains figures se détachent et retiennent néanmoins l’attention, celle touchantes de Dominique Reymond, (la mère) et de Nadar Strancar (la grand-mère), celle de Vladimir Yordanoff en grand-père aveuglé et surtout celle de Gilles Privat (un des frères de la mère), qui donne au personnage de Gregor, le passionné de pommes devenu résistant, l’épaisseur amère de l’Histoire.

http://www.theatre-odeon.eu/fr/2014-2015/spectacles/toujours-la-tempete