LM un peu: Thyestes mise en scène de Simon Stone

Au Théâtre des Amandiers, Simon Stone met en scène la tragédie "furieuse"de Sénèque, Thyeste, sous le signe de la provocation.

Le dispositif bifrontal en accentue les effets. Il enserre une cage de verre qui emprisonne trois personnages, trois hommes, qui vont exhiber leur violence et leur cruauté. Le spectateur, placé résolument en situation de voyeur ne peut que se retrouver dans les regards des autres observateurs. Il s'agit de regarder l'effroyable, le monstrueux qui se donne à voir, mais de nous voir le regarder.

Si l'on peut comprendre l'envie de s'emparer de la pièce terrible de Sénèque pour dénoncer les vices et les maux  qui affligent notre monde contemporain (comme avait pu le faire le poète latin à son époque)- banalité, violence,  sexualité sont exhibées avec complaisance-, on ne peut que regretter que l'histoire des fils maudits de Tantale ne soit utilisée que pour des fins utilitaires.  

Car, à l'instar d'Atrée qui "découpe les corps" des fils de son frère Thyeste, qui "sépare du tronc les épaules et les attaches des bras, met à nu les articulations, scie les os", Simon Stone s’empare du texte de Sénèque pour le découper, et l’accommoder à sa sauce au détriment de la logique interne de la pièce. Seule prime la nécessité d'aller vers ce que le metteur pense être le plus horrible, la dévoration des fils par le père qui se délecte de ce repas dont il ignore la composition.

Cette cuisine est quelque peu indigeste et affadit le propos de la pièce qui plaçait l'homme devant la responsabilité tragique de ses choix. Thyeste n'est pas une victime, c'est un homme qui fait le choix d'aller trouver son frère et de croire en son pardon et c'est un bourreau qui fait le choix de poursuivre l'horreur en violant sa propre fille. Pour Sénèque, l'homme est responsable de ses actes. 

De plus, la provocation volontairement ostentatoire (fellations mimées, fesses badigeonnées de rouge après le viol, godemichets, jeux de soumission sexuelle, vomis de pâtes..), finit par tourner à vide.

                                                                                     Photo Jeff Busby

On saluera néanmoins l'interprétation des trois comédiens (Thomas Henning, Chris Ryan, Ewen Leslie) qui ne déméritent pas et portent la noirceur de la pièce avec conviction.