LM Énormément : Liliom mise en scène Jean Bellorini

Sous le signe de Brecht et de Strehler

Écrit en 1909, le texte du hongrois Ferenc Molnár a connu de multiples adaptations qui souvent ont cédé au réalisme : la fête foraine où sévit le "boni-menteur", Liliom, à "la gueule d'ange", vaurien, détrousseur de soubrettes, invite à la tentation du décor familier et facile.

Jean Bellorini refuse cette convention et place son spectacle sous le signe de Brecht et de Strehler, le metteur en scène italien qui l'a si souvent monté. Distanciation, narrateur annonçant les tableaux, rapport frontal aux spectateurs, chants détachés de l'espace de la parole, maquillage marqué soulignant l'artifice, costumes sans temporalité identifiable, sont autant d'échos au dramaturge allemand. Pour Bellorini, l'histoire est un conte et s'annonce comme tel.

La scénographie, elle aussi, s'inscrit dans cet héritage. La piste carrée où quatre auto-tamponneuses se meuvent est flanquée sur chaque côté en avant-scène, de deux caravanes. L'une est béante, éventrée, posée sur des tréteaux apparents, elle donne à voir les instruments qui serviront pour les parties chantées ou musicales: piano, harpe, batterie, micros. Au-dessus de l'ensemble, une grande structure métallique, colorée de néons, devient au fil des tableaux, un espace de jeu qui mobilise la verticalité, poutrelles, balançoire, caravane suspendue, monte-charge, accueillent les acteurs et sollicitent chez le spectateur "une vision complexe" comme l'appelait Brecht. En fond de scène, une grande roue lumineuse rappelle celles utilisées par Strehler et son scénographe, Ezio Frigerio, dans leurs trois mises en scène de L'Opéra de quat'sous.

Certains regretteront que le texte de Molnár soit vidé de sa portée sociale mais ce serait une erreur car  Liliom de Bellorini revendique son inscription poétique. Il s'agit de porter les personnages sans jugement et de les soumettre à notre imaginaire. Ce spectacle, il faut le dire, est l'un des plus riches, des plus inventifs de la saison.

 

Avec Julien Bouanich, Amandine Calsat, Julien Cigana, Delphine Cottu, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Teddy Melis, Marc Plas, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic, Sébastien Trouvé, Damien Vigouroux.

Pour écouter la chanson de Liliom et de Lidwine:

http://www.theatregerardphilipe.com/cdn/liliom

https://www.youtube.com/watch?v=X1Qol1Fk3ks