LM un peu Phèdre(s) mis en scène par Warlikowski

Pour Isabelle Huppert, magistrale.

Le nouveau spectacle du metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski en décevra plus d'un.

Construite sur un socle littéraire multiple et hétéroclite, la pièce prend appui sur des textes de Wajdi Mouawad, de Sarah Kane et de J.M. Coetzee et privilégie volontairement les images "trash". L'ouverture se fait sur un chant d'Oum Kalthoum interprété par Nora Krief. Un musicien joue de la guitare électrique tandis qu'une sculpturale jeune femme se déhanche lascivement. Le dispositif scénique sobre, clinique, de la première partie intéresse. Sur un plateau quasiment nu, trône un lit. Les murs carrelés de blanc renvoient les visages des comédiens, démultipliés, agrandis. L'émotion est traquée et reproduite sur les pans de ce qui s'apparente à une salle de bain glaciale. Des lavabos sur la gauche, une douche en fond de scène seront utilisés pour tenter d'effacer les souillures du désir.

Le dispositif suivant s'enferme dans le répétitif. Une cage en verre, mobile, devient bientôt la chambre d'Hyppolyte. Une télévision grand écran projette en boucle la scène culte de la douche dans Psychose d'Alfred Hitchcock tandis que les personnages statiques paraissent succomber à l'ennui comme le spectateur. Pourtant, tout semble avoir été fait pour choquer et réveiller l'intérêt de celui qui regarde: striptease de la danseuse, masturbation, fellation, coups de couteau sur l'écran, sang, corps à corps violent... mais, tout tombe à plat et devient pathétiquement artificiel. Ce sentiment est accentué par la diction plus approximative des deux acteurs polonais, Andrzej Chyra et Agata Busek (qu'on avait beaucoup aimée dans Les Innocentes). Faut-il encore répéter qu'il ne suffit pas d'accumuler des scènes ostensiblement provocantes pour être créatif? Dans Thyestes, Simon Stone avait déjà utilisé les mêmes ressorts et fait la même erreur.

Reste Isabelle Huppert, magistrale. Elle est Aphrodite, cynique, cruelle. Elle est Phèdre. Phèdre(s) plurielle. Phèdre, démunie, brûlée de désir, désespérée, enfantine. Phèdre, bourgeoise, claquemurée sous le vernis social, vrillée dans une souffrance qui ne peut se dire. Corps déchiré, ouvert. Cri. Don. Une grande actrice. Phèdre, la brillante.

Jusqu'au 13 mai 2016 / Odéon 6e