LM énormément: La Ménagerie de verre mise en scène par Daniel Jeanneteau

Comme un rêve cruel et ouaté

Ecrite en 1944, The Glass Menagerie de Tennessee Williams puise sa force dans un soubassement autobiographique. Un narrateur, double de l'auteur, fait revivre l'appartement confiné de Saint-Louis qu'il habitait alors. Les fantômes de sa mère et sa sœur adorée hantent encore sa mémoire. Le père a déserté les lieux. La mère, prisonnière de ses rêves déchus, règne en maître sur ses enfants, imposant par des chantages affectifs ses diktats castrateurs.

Au Théâtre de la Colline, Daniel Jeanneteau montre la pièce emblématique du dramaturge américain en lui conférant une dimension onirique mais sans que l'esthétisme ne cède le pas au désincarné. La direction d'acteurs laisse au corps le soin d'avouer le non-dit. Le geste est retenu, gracieux, comme atténué par le travail du souvenir mais, il donne à voir la frustration, le ridicule, l'amère solitude, l'élan avorté, l'amour blessé, la beauté de l'instant unique où une main enfin confiante s'autorise à se poser sur une épaule. A ce titre, la scène entre Laura (Solène Arbel), la sœur trop fragile et le galant invité (Olivier Werner), est magnifique de sensibilité maîtrisée. Dominique Reymond excelle dans cette chorégraphie suave. Il faut la voir entrer, marcher, prendre un objet, tomber au sol, chaque geste délicat porte en lui une charge puissante. Du grand art.

Sur le plateau, le dispositif scénique renforce la perception ouatée des images, les acteurs évoluent sur un sol duveteux et un double écran de tulle sépare les spectateurs de ce qui se joue. Un rideau léger s'ouvre sur l'évocation du passé pour se refermer sur ce qui n'est plus. Quant à l'appartement, il est enfermé entre des voiles qui s'entrouvrent, palpitent sur le vent chaud du soir, mais retombent inexorablement. L'ensemble est nimbé par les très belles lumières de Pauline Guyonnet. 

 Une mise en scène inspirée q ui   convainc et enthousiasme.