Une constellation de talents

LM Enormément La Mouette mise en scène par Thomas Ostermeier

Si la pièce de Tchekhov présente une constellation de solitudes, des êtres incapables de vivre le rêve qui les ronge, Thomas Ostermeier, à l'Odéon, monte une Mouette, au plus près de l'émotion, servie par une constellation de comédiens formidables.  A commencer, par Mélodie Richard et Matthieu Sampeur, (découverts pour ma part, dans Salle d'attente de Krystian Lupa), qui incarnent avec ferveur et fragilité Nina et Kostia. Leur scène de retrouvailles et d'adieu, il faut le dire, émeut aux larmes. Rien de calculé, juste une intériorité fragile qui affleure comme malgré elle sous nos yeux étonnés. Le reste de la troupe emprunte le même chemin, celui de la justesse. Valérie Dréville (Arkadina),  Bénédicte Cerutti ( Macha), Sébastien Pouderoux ( le médecin, Dorn), François Loriquet ( Trigorine, l'écrivain), Cédric Eeckhout (l'instituteur Medvedenko), Jean-Pierre Gros ( Sorine) sont parfaits. Présents tout au long de la représentation, enfermés dans un cube aux parois grises que viennent animer à chaque début d'acte, les peintures de Marine Dillard, les personnages englués dans le marais de leur volonté avortée n'empêcheront pas l'envol de la mouette mais parviendront à tuer celui qui voulait écrire autrement.

Ostermeier met l'accent sur les crispations entre les générations mais aussi entreprend une réflexion sur l'art et le théâtre s'amusant, dans une première partie décalée, à ironiser sur les codes et clichés du théâtre contemporain. Certains puristes pourront s'en offusquer pourtant la pièce, comme Hamlet, l'autorise. Tchekhov, déjà, par une mise en abyme de l'acte théâtral sur scène, invitait le spectateur à réfléchir sur l'illusion qui interroge la création. Le metteur en scène allemand par une réécriture inspirée parvient à réactiver cette réflexion tout en faisant entendre la plus vibrante des émotions du dramaturge russe. Une réussite!